La transition écologique : un moteur pour l’emploi dans les territoires ruraux
Le 20 janvier dernier, le Réseau Action Climat publiait une étude montrant que la planification écologique pourrait contribuer à la création de 100 000 emplois au cœur des zones rurales françaises. Antoine Durand, responsable Transition écologique et emplois au Réseau Action Climat France et coordinateur du rapport nous apporte son éclairage sur cette étude.
La mise en place de la planification écologique sur le territoire français débouchera sur de nombreuses créations d’emplois. Au total, avec les départs en retraite dans les secteurs-clés pour la transition, près de 3 millions seront à pourvoir d’ici 2030 selon les projections fournies par le secrétariat général à la planification écologique.
Les territoires ruraux bénéficieront grandement de cet effet positif, assure le rapport du Réseau Action Climat (RAC) publié en janvier dernier et intitulé « Les emplois de la transition écologique dans les territoires ruraux ». Selon les calculs du cabinet Sémaphore réalisés pour cette étude, la transition écologique pourrait permettre d’y créer environ 100 000 nouveaux emplois. « Il s’agit d’une estimation relativement prudente, qui s’appuie sur les hypothèses de calcul fournies par le secrétariat général à la planification écologique », détaille Antoine Durand.
« Au-delà de la planification écologique, qui permet de nous assurer que la France est en chemin vers la décarbonation, c’est une dynamique de projet de territoire favorable à la transition écologique et à l’emploi, avec le maximum d’ambition possible, que nous invitons à développer »
Une grande partie de cette création d’emploi est portée par la rénovation énergétique des bâtiments. A plus long terme, près de 250 000 emplois pourraient émerger dans ce secteur à horizon 2050. Parmi les métiers les plus sollicités, on retrouvera notamment les façadiers, les menuisiers, les plâtriers-plaquistes, les chauffagistes, les accompagnateurs en rénovation, et les électriciens. « Il s’agit d’emplois qui ne sont pas délocalisables, d’autant plus qu’il existe une bonne adéquation entre les besoins liés à la rénovation des bâtiments et les profils d’emplois que l’on retrouve en zone rurale », observe Antoine Durand. Les métiers liés aux filières énergétiques sont également appelés à se développer fortement dans les milieux ruraux : « cela concerne les énergies renouvelables, mais aussi tous les emplois liés aux réseaux d’énergie », souligne le responsable transition écologique et emplois au RAC. Les métiers dédiés aux mobilités décarbonées seront quant à eux moins présents au niveau des territoires ruraux que dans les milieux urbains, où le développement des transport en commun est plus dynamique. « Enfin, nous manquons de données pour effectuer des projections précises concernant le développement de l’économie circulaire, mais il est certain qu’il s’agit d’un secteur prometteur en termes de création d’emplois », ajoute Antoine Durand.
« Notre étude montre également qu’il n’existe pas de rejet des projets liés à la transition énergétique dans les territoire ruraux et chez les citoyens qui y vivent, bien au contraire. De nombreux acteurs de ces territoires ont déjà enclenché des dynamiques intéressantes en faveur de la transition », se réjouit Antoine Durand. En Ardèche, l’Agence locale de l’énergie et du climat (ALEC 07) a initié dès 2011 une coopération entre les acteurs du bâtiments, les filières de matériaux et les acteurs publics afin de favoriser la concrétisation des objectifs de rénovation énergétique. Au niveau local, une boite à outil de formation des professionnels du secteur a aussi vu le jour. Le rapport du RAC cite également l’exemple de l’agglomération de Ploërmel, en Bretagne, qui a initié une phase d’expérimentation avec la mise en place de deux lignes de transport en commun, avant d’étendre le réseau à 8 lignes à partir de 2021 devant le succès rencontré par cette initiative. Aujourd’hui, le service de transport en commun de Ploërmel emploie 20 personnes.
« Nous observons que des dynamiques existent, mais elles ont besoin d’être soutenues. Il faut donner aux acteurs des milieux ruraux les moyens d’agir et de créer leurs propres projets de territoires. C’est en leur fournissant les outils nécessaires, notamment en termes de formation, d’orientation et d’accompagnement dans l’emploi, que nous pourrons voir émerger de nombreux projets favorables à l’environnement », conclut Antoine Durand.
Chiffres clés
💡 Les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) ruraux ont été répartis, pour les besoins de l’étude, en deux catégories de zonage :
- Zone 1 : EPCI ruraux avec une part de population importante vivant dans des communes bénéficiant du dispositif de revitalisation rurale (plus d’un tiers de la population concernée dans ces EPCI)
- Zone 2 : autres EPCI ruraux, avec une moindre part de population bénéficiant du dispositif de revitalisation rurale (moins d’un tiers)
🎯 Objectifs* de rénovations des logements :
Dans la zone 1 :
- Il faudrait rénover annuellement 140 000 logements en 2030 et 200 000 en 2050.
- Il faudrait rénover chaque année 2,5 millions de m2 de surface tertiaire (bureaux, gymnases, écoles, commerces …) en 2030.
Dans la zone 2 :
- Il faudrait rénover annuellement 130 000 logements en 2030 et 190 000 en 2050.
- Il faudrait chaque année rénover 3,2 millions de m2 de surface tertiaire (bureaux, gymnases, écoles, commerces …) en 2030.
👉 Un tel objectif de rénovation basse consommation de l’ensemble de notre parc de bâtiments d’ici 2050 mobiliserait 200 000 emplois de la filière du bâtiment dans les intercommunalités rurales en 2030, et plus de 250 000 d’ici à 2050.
* Les hypothèses du calcul s’appuient sur les objectifs fixés par le code de l’énergie (article L100-4-7) – Rénovation au niveau bâtiment basse consommation (BBC) de l’ensemble de notre parc de bâtiments d’ici 2050)
(Données obtenues via l’outil ECLORE développé par l’Institut négaWatt)
Sources :
Rapport du réseau Action climat : Les emplois de la transition écologique dans les territoires ruraux, janvier 2026
Rapport du Secrétariat général à la planification écologique : Stratégie emplois et compétences pour la planification écologique, juillet 2024
Rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan : Mettre en œuvre la planification écologique des emplois et des compétences à l’échelle des territoires, juin 2025