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Seacoop : les citoyens copropriétaires d’éoliennes en Mer du Nord
Fondée en 2022 par 34 coopératives citoyennes d’énergie renouvelable, la coopérative belge Seacoop offre aux citoyens l’opportunité d’investir dans l’éolien offshore et de bénéficier de l’énergie produite. Retour d’expérience avec Fabrice Collignon, vice-président.
Quelle est la genèse de Seacoop ?
Fabrice Collignon : Sa genèse est d’abord celle des coopératives citoyennes d’énergie renouvelable (REScoop) qui existent depuis plus de 20 ans en Belgique. La mer du Nord et le vent sont des biens communs et on ne voit pas pourquoi ces concessions seraient réservées à des entreprises privées. Avec la coopérative nationale Seacoop, nous voulons porter la voix de 34 coopératives et être un interlocuteur audible sur le marché. On a décroché des soutiens de nos régions, de l’État fédéral, pris contact avec des intervenants du marché. Il a fallu mener un travail de lobbying intense pour démontrer l’intérêt de favoriser la participation citoyenne dans l’éolien offshore.
Quel est le modèle économique de ces projets d’éolien en mer ?
Fabrice Collignon : Nous avons négocié la propriété immédiate de 7% du parc éolien offshore Northwind, donnant lieu au projet Notre Énergie : l’équivalent de 5 éoliennes, qui alimentent plus de 15 000 foyers. Seacoop va participer à un consortium de partenaires. Consortium qui remet une offre pour la propriété du parc éolien. Les fournisseurs d’énergie et l’opérateur industriel gèrent le montage global, la partie industrielle, la planification financière, et nous apportons la participation citoyenne. Car pour obtenir une concession en Belgique, un minimum de 2% du coût total du projet doit être ouvert à la participation des citoyens.
Comment s’organise la gouvernance ?
Fabrice Collignon : Les coopératives locales et Seacoop ont un double agrément. Elles respectent les principes de l’Alliance coopérative internationale : transparence, démocratie interne, libre entrée et sortie dans l’actionnariat. Elles s’inscrivent aussi dans les principes de l’économie sociale et solidaire, avec une volonté d’impact envers le territoire local. Les possibilités de dividendes sont limitées à 6%, les administrateurs sont bénévoles et les droits de vote en assemblée générale limités (une personne, une voix).
Comment les citoyens deviennent-ils copropriétaires ?
Fabrice Collignon : Le citoyen prend une part dans une coopérative locale, cette coopérative locale investit avec ses moyens financiers dans une éolienne. Elle est propriétaire des moyens de production, fournit de l’électricité, et cette production va revenir aux citoyens. Le citoyen est propriétaire et client de sa propre électricité. Notre volonté, c’est d’avoir un mécanisme qui permette de s’émanciper des fluctuations du marché pour que le citoyen paye un prix fixe, et ne vienne pas remplir les poches d’actionnaires qui vont faire des surprofits, comme cela a été le cas au moment de la crise de l’énergie à la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022.
Avez-vous rencontré des freins ?
Fabrice Collignon : On a dû démontrer notre capacité à s’adapter au secteur, ses règles de fonctionnement, tout en conservant nos valeurs intactes et notre volonté de démocratie. La barrière à l’entrée est élevée car il faut investir des sommes importantes pour être jugé crédible. Il a fallu convaincre les banques de prêter de l’argent le temps de finaliser d’ici septembre 2025, la levée de capital citoyen. Les besoins financiers pour les futures concessions sont encore plus importants et il faut être capable de mettre l’argent sur la table, tout en respectant le planning complexe de la construction de ces éoliennes offshore. On espère remporter l’appel d’offre pour la construction d’un autre parc dans la zone Princesse Elisabeth (en Mer du Nord). Le changement d’échelle est considérable : 125 000 personnes sont impliquées dans nos coopératives, on vise un demi-million de Belges d’ici 2030 grâce à la plateforme Notre Énergie.
CHIFFRES CLÉS
En 2024, 30% de la consommation d’électricité belge est issue des énergies renouvelables. L’éolien en mer a couvert 9% des besoins.
Pour aller plus loin sur l’éolien en mer :
➡️ Décryptage par le réseau Cler : Éolien en mer : quel partage de la valeur pour les territoires de l’éolien en mer ?
➡️ Replay du webinaire : Éolien en mer : quel partage de la valeur des projets développés en France ?